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À Toronto, le festival Wavelength fête ses 25 ans de musique alternative

1 year ago 80

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Il y a 25 ans, en février 2000, le festival Wavelength naissait d’une réunion informelle d’artistes indépendants issus de la scène musicale torontoise. Ce premier rendez-vous était le point culminant d’une série de concerts hebdomadaires qui se tenaient le dimanche au Ted’s Wrecking Yard sur la rue College. L’ambiance était à la fête, le nouveau millénaire galvanisant l’enthousiasme de cette jeunesse artistique à qui tout semblait possible.

C’était il y a un quart de siècle, à l’époque où l’internet grand public en était à ses balbutiements. Depuis, la musique a connu plusieurs révolutions, alors aujourd’hui, que reste-t-il de ces belles années?

On est toujours une organisation en marge de l’industrie, on comprend les besoins fondamentaux des artistes parce qu’on est nous-même des artistes

Toujours présent également, un formidable appétit de découverte. L’organisme se définit comme genre-agnostique, c'est-à-dire qui suspend son jugement. Le rock alternatif, le métal et le punk sont des éléments incontournables de chaque édition, mais Cadence Weapon, figure du hip-hop canadien, est également un habitué. Au fil des années, on a aussi pu voir Lido Pimienta ou Kid Koala. Toujours fidèle à sa volonté de décloisonner les styles, Wavelength accueille cette fin de semaine la chanteuse de hip-hop/r’n’b pHoenix Pagliacci.

Portrait d'une femme qui regarde vers le haut.

pHoenix Pagliacci sera sur la scène du St. Anne's Parish Hall pour la soirée d'ouverture de Wavelength.

Photo : Jaylyn Todd

Pour celle dont le nom rend hommage à la résilience du phénix et à la figure du clown (pagliacci en italien), la longévité de ce festival en dit long . La chanteuse salue le dévouement de Wavelengthà faire vivre la scène locale depuis toutes ces années et elle se sent honorée de faire partie de la fête d’anniversaire . L’artiste se reconnaît dans cette diversité musicale, puisqu’elle a elle-même enregistré un titre avec Bonnie Trash, également à l’affiche de cette édition, sur son album Dichotomy paru en juin 2024.

L’événement organisé pour cet anniversaire va mettre l’accent sur l’ambiance visuelle, qui a toujours été un élément important de chaque manifestation. Anthony Piazza viendra de Montréal pour faire des projections dans le sous-sol du St. Anne’s Parish Hall vendredi et samedi. Il y aura aussi Stéphanie Avery, l’artiste à l’origine de l’affiche, qui va peindre une œuvre murale pendant la fin de semaine.

Sortir moins pour sortir mieux

Des choses changent et d’autres non. Jonathan Bunce est toujours aussi enthousiaste à la veille de chaque événement. C’est comme organiser une grosse fête à la maison tous les mois ! , s’amuse-t-il. Le fait d’avoir ralenti le rythme par rapport aux débuts de l’organisation permet aussi à ses membres de ne pas risquer de [se] brûler [eux] ou [leur] auditoire en faisant un événement chaque semaine , pense le directeur de Wavelength. Sortir moins pour sortir mieux pourrait être l’une des devises des organisateurs.

Comme l’une des catégories du TIFF, le festival tire son nom du Wavelength de Michael Snow. Le réalisateur mythique est lui-même venu en mars 2000 au Ted’s Wrecking Yard présenter son film, une projection suivie d’une performance. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle l’organisation porte ce nom, Jonathan Bunce voulait créer une institution qui allait s’installer dans le paysage de la métropole : Sur le ton de la blague, j’insiste sur le "length"[durée] de Wavelength. Aujourd’hui, il confesse que l’aventure est allée bien au-delà de toutes ses espérances de l’époque, alors qu’il était encore un rêveur au milieu de la vingtaine.

Un homme regarde la camera.

Le directeur du festival Wavelength, Jonathan Bunce (alias Jonny Dovercourt) a créé le festival à une époque où il jouait lui-même dans des groupes de la scène indépendante Torontoise au début des années 2000.

Photo : Radio-Canada / Hadrien Volle

Jonathan Bunce a aussi vu la scène musicale évoluer. Il y a plus d’artistes aujourd’hui qu’à nos débuts , pense-t-il, il y a aussi davantage de soutien pour la scène indépendante. Les figures traditionnelles du milieu comme les managers, les agents de tournée et les producteurs étaient quasiment absents de l’équation aux premiers temps du festival.

Un autre tournant remarquable que le milieu alternatif a connu est l’accès désormais ouvert aux bourses et aux subventions à la création. En 2000 ces réseaux de financement étaient presque exclusivement réservés aux musiciens classiques , note Jonathan Bunce. Même si le directeur de Wavelength est conscient qu’une plus grande ouverture est synonyme d’une plus grande compétition entre les musiciens .

D’autres défis sont apparus, comme la crise des loyers : Dans les années 2000 à Toronto, on trouvait une chambre pour 400 $, aujourd’hui c’est au moins trois fois ce prix , regrette Jonathan Bunce, conscient que des loyers aussi élevés conduisent des artistes à quitter la métropole pour des villes satellites comme Hamilton, Barrie ou même Perth. Ceux qui restent doivent souvent mettre leur carrière artistique entre parenthèses afin de pouvoir survivre. L’augmentation des prix touche aussi le public qui a moins d’argent pour sortir.

Vers une meilleure représentativité

Les années ont conduit à une meilleure prise en compte des personnes sous-représentées, menant à une évolution parmi les têtes d’affiches. Des groupes presque exclusivement masculin des débuts, on est passé à une quasi parité des genres, avec pour cette édition la présence de pHoenix Pagliacci, Jane Inc. ou encore controller.controller dont une partie de l’identité est indissociable de la voix de sa chanteuse, Nirmala Basnayake.

Un groupe de personnes dans une ambiance sombre et qui regardent vers l'objectif de la caméra.

Le groupe Bonnie Trash va fêter sur la scène du St. Anne Parish Hall la sortie de son nouvel album, « Mourning You » à paraître le 28 février.

Photo : Dana Bellamy

Ce changement se reflète aussi à travers le public, selon Sarafina Bortolon-Vettor du groupe de post-punk Bonnie Trash : on remarque davantage de femmes de personnes queer au premier rang dans nos concerts, alors qu’on joue un style de musique qui était, d’une certaine manière, dominé par les hommes . Généralement, la musicienne qui a déjà participé à de nombreuses reprises à Wavelength, sur la scène ou dans le public, loue l’environnement très positif du festival.

Impossible de catégoriser ce rendez-vous

Une chose est sûre : s’il y a un événement qui réunit tous les curieux de ce qui se fait sur une certaine scène indépendante à Toronto, c’est encore et toujours le Wavelength, que ce soit dans sa déclinaison hivernale ou estivale, et à travers les nombreux événements organisés toute l’année. Il est impossible de catégoriser ce rendez-vous qui s’est essayé à tout depuis sa création et qui par la même occasion n’a jamais eu à se renouveler, puisque l’exploration et le changement font partie intégrante de son ADN.

Au fil des décennies, le public a vu passer Feist, Sufjan Stevens, Les Mouches, William Basinski et plus d’un millier d’autres formations. Pour l'édition qui débute ce soir, il y aura les groupes torontois comme Ducks Ltd., Jane Inc., The OBGMs, mais aussi l’anglaise Mui Zyu.

En ce moment, le festival Wavelength se déroule au St. Anne’s Parish Hall sur la rue Dufferin, mais l’organisation est en train d'œuvrer à avoir son propre lieu. Un changement important qui marquera une nouvelle étape dans l’histoire déjà riche de l’institution.

L’édition hivernale du Festival Wavelength se déroule dès aujourd’hui et jusqu’à dimanche au St. Anne’s Parish Hall à Toronto.

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