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Écoute musicale : le Québec boude sa langue nationale plus qu’ailleurs, selon un rapport

5 hours ago 8

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Les Québécois se démarquent dans le monde par leur manque d'intérêt envers les artistes musicaux s'exprimant dans la langue nationale, selon un rapport du Commissaire à la langue française publié mardi, qui compare les données d’écoute numérique du Québec à celles de l'ensemble du Canada et de 24 pays européens.

Dans un rapport intitulé L'exception québécoise, le commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil, souligne que, dans les marchés non anglophones, le Québec est la société où la langue nationale – en l'occurrence le français – représente la plus faible part des écoutes (12 %).

Ces données placent le Québec bon dernier dans les 26 nations étudiées par le Commissaire à la langue française, derrière la Norvège (16 %), l’Islande (19 %) et les Pays-Bas (19 %).

À l’autre extrémité du classement, l’Espagne affiche la plus forte proportion d’écoutes dans la langue nationale, soit 66 %, juste devant l’Italie (47 %), la France (45 %) et la Grèce (45 %).

Le rapport du Commissaire à la langue française est basé sur les données d’écoute des principales plateformes de diffusion en continu colligées par l’entreprise Luminate Data, de 2022 à 2025 pour le Québec et de 2019 à 2025 pour les autres nations.

Les données englobent les 50 000 artistes et les 50 000 chansons les plus écoutés dans chacun des marchés étudiés. Pour le Québec, elles se limitent aux plateformes Spotify, Amazon Music et Tidal.

Le Québec, déconnecté de la francophonie européenne?

Ce n’est pas la première fois qu’une étude démontre que les Québécois sont peu friands de la musique qui se fait chez eux. Au mois d’août, l’Institut de la statistique publiait une étude qui révélait que les artistes québécois comptaient pour seulement 7,1 % de l’ensemble des écoutes sur les plateformes de diffusion en 2025.

Mais le rapport du Commissaire à la langue française vient mettre en évidence le fossé qui sépare le Québec de plusieurs nations européennes.

Ce qui m'a le plus frappé, c'est le fait qu'il y a plusieurs petits pays qui sont plus forts que nous. Et là, ça devient un peu mystérieux, explique Benoît Dubreuil.

Quand on regarde, par exemple, la Norvège ou l'Islande, ce n’est pas très élevé non plus de leur côté, mais leur langue nationale est beaucoup moins répandue. Il y a seulement 350 000 personnes qui parlent islandais.

Le commissaire ajoute qu’il a aussi été surpris par la déconnexion apparente entre le Québec et la francophonie européenne.

La musique française est beaucoup écoutée en Belgique ou en Suisse francophone, mais peu au Québec. C’est comme s’il y avait une francophonie européenne où le marché est complètement intégré, avec le Québec à côté, qui est sur une planète à part, illustre-t-il.

Aucun artiste canadien chantant en français dans les top 10

Les artistes canadiens qui chantent en français peinent également à se hisser dans les palmarès au Québec : Aucun artiste canadien chantant en français ne figure parmi les 10 artistes les plus écoutés en 2022, en 2024 et en 2025, peut-on lire dans le rapport.

En 2023, année du décès de Karl Tremblay, chanteur des Cowboys Fringants, le groupe était toutefois parvenu à se classer dans les 10 premiers rangs.

C’est vraiment fou, parce que dans la plupart des pays, même les petits pays, lorsque les artistes qui chantent en langue nationale sont présents quelque part, c’est justement au sommet des palmarès, comme en Grèce, en Croatie ou en Slovaquie, explique Benoît Dubreuil.

Ce dernier observe que dans plusieurs pays, les palmarès sont dominés par des rappeurs ou des artistes de la pop, particulièrement prisés par les jeunes mélomanes. La musique québécoise est peut-être associée à des trucs plus matures, plus complexes, plus intellectuels, mais en France, par exemple, le top 10, c'est tous des rappeurs ou presque, explique-t-il.

Pour moi, il y a vraiment une question à se poser : est-ce que les jeunes Québécois qui veulent aller dans ce créneau-là, comme Fredz, ont tous les outils pour leur mise en marché?

L'artiste sourit sur scène.

Le chanteur et rappeur québécois Fredz au Festival d'été de Québec en 2025.

Photo : Radio-Canada / Erik Chouinard

La forte présence de l’anglais et la question identitaire

Le rapport du Commissaire à la langue française avance plusieurs hypothèses pour expliquer les chiffres, notamment le poids des algorithmes, les limites de l’offre nationale, la diversité culturelle ainsi que la grande connaissance de l’anglais dans la population québécoise.

Les données descriptives montrent que, dans les pays où la connaissance de l’anglais est très élevée (par exemple au Danemark, en Finlande, aux Pays-Bas ou en Suède), l’écoute dans la langue nationale est généralement plus faible qu’ailleurs, peut-on lire dans le rapport.

Par ailleurs, à l'exception des pays anglophones (Canada, Irlande, Royaume-Uni), c'est au Québec qu’on écoute le plus les artistes américains, avec plus de 40 % des écoutes, comparativement à 18 % pour l'Espagne et 25 % pour l'Allemagne – d'autres grands marchés non anglophones.

Le rapport évoque aussi l’influence des connotations identitaires de la musique québécoise, liée aux valeurs et aux symboles qu’elle véhicule. La charge identitaire associée à la musique québécoise pourrait servir de repoussoir pour ceux qui ne s’identifient pas au Québec ou au nationalisme québécois, avance-t-on dans le rapport.

La musique québécoise est marquée symboliquement. Écouter de la musique en français au Québec, ce n’est pas un geste neutre, c’est un positionnement. [...] Ça peut agir comme un mur pour certaines personnes.

La directrice générale de l’ADISQ, Eve Paré, affirme qu’elle ne partage pas cette interprétation. Quand les Québécois ont été exposés à leur musique, ils l’ont aimée. C’est vraiment la connaissance et la découverte musicale qui nous font défaut présentement, explique-t-elle.

Dans son rapport, le Commissaire à la langue française propose quelques pistes de solution pour améliorer cette découvrabilité, à commencer par la mise en œuvre de la Loi sur la découvrabilité, adoptée par le gouvernement caquiste en décembre dernier.

Le rapport prône également un renforcement des liens du Québec avec la francophonie internationale et une diffusion plus large de la musique québécoise et francophone dans les espaces publics.

Avec les informations de La Presse canadienne

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