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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayRené Homier-Roy, monstre sacré de l'animation radio et télé au Québec, est décédé à 85 ans. La famille a confirmé la nouvelle à Radio-Canada aujourd'hui.
Le journaliste et critique, amoureux fou de cinéma, de littérature et de théâtre, a fait ses débuts dans les années 1960, affrontant sa grande timidité pour devenir une figure incontournable du paysage médiatique et culturel québécois.
Né le 5 avril 1940 à Montréal, René Homier-Roy grandit dans une famille de quatre enfants issus de l’union entre Émilien Roy et Rolande Homier. il avait deux sœurs et un frère atteint de trisomie, décédé à l’adolescence. Il passe l’essentiel de son enfance à Laval, où la famille a vécu de façon modeste.
J’étais non seulement réservé, j’étais très, très, très timide, expliquait l’animateur au micro de son collègue Franco Nuovo à l’émission Les grands entretiens, le 28 février 2018.
Heureusement que j’avais ma sœur Micheline, de deux ans plus vieille, qui voulait toujours m’aider. Mes sœurs ont toujours tenté de me pousser, de faire en sorte que j’aie une place et que je puisse me réaliser.
Beaucoup de gens qui ont fait une carrière publique ont été dans leur jeunesse extrêmement timides. Je le suis encore, mais ça paraît beaucoup moins qu’avant.
Né René Roy, c’est à l’adolescence qu’il ajoute à son patronyme le nom de famille de sa mère, sur les conseils de cette dernière, à une époque où les noms composés étaient plutôt rares. J’ai mis beaucoup de temps à accepter ça, parce qu’à l’adolescence, on ne veut surtout pas être différent des autres. Alors moi, René Roy, ça me convenait parfaitement.

René Homier-Roy dans un champ de tulipes en 1971, à l'époque où il faisait de la radio au CBF 690, exploité par la Société Radio-Canada.
Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty
L'architecture et la politique, puis l’appel de la culture
Avant de sauter à pieds joints dans la culture, René Homier-Roy a d’abord caressé le rêve de devenir architecte. Il a étudié l'architecture pendant quelques années à l'Université McGill, mais a fini par abandonner lorsqu’il a réalisé que ce n’était pas sa vocation.
Pour moi, l’architecte, c’était un créateur, mais c’est beaucoup d’ingénierie. J’haïssais les maths et la physique, qu’est-ce que je faisais là?, se demandait-il au micro de Franco Nuovo.
Le jeune homme à la curiosité insatiable a ensuite étudié en sciences politiques à Ottawa, puis à Montréal, mais sans terminer ses études, l’appel de la culture se faisant trop fort. Quand il a été engagé pour un stage étudiant au défunt Petit journal, il a compris qu’il avait trouvé sa voie.
Je rêvais de faire une vie différente de celle que j’avais menée jusque-là. Je rêvais d’avoir du plaisir, de faire des choses dans l’univers des arts. Je dessinais beaucoup à l’époque, je dessinais des robes à ma sœur.
Je ne cherchais pas tant un travail ou une vocation, je cherchais une façon de vivre.

René Homier-Roy en 1972
Photo : Radio-Canada / André Le Coz
Un critique aux dents acérées
Après s’être fait la main au Petit journal, où il apprit les bases de l’écriture journalistique en révisant et en corrigeant les textes des autres, René Homier-Roy s’est retrouvé à La Presse, dont il a dirigé les pages Arts et spectacles de 1969 à 1973.
« La Presse était une institution, et pour moi j’avais atteint un but. Dans ce que je faisais, c’était vraiment le top. J’y ai pris un immense plaisir », raconte-t-il aux Grands entretiens.
Il se démarque par sa plume aiguisée et sa rigueur critique, souvent perçue comme sévère. Il assume pleinement cette posture, misant sur la crédibilité plutôt que sur la complaisance, afin de guider honnêtement le public dans ses choix culturels.

René Homier-Roy dans les studios de Radio-Canada en 1980 lors de l'enregistrement de l'émission « L'observateur », où il était chroniqueur.
Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty
Les gens qui m'entouraient au Petit journal, c’était des téteux invraisemblables. Ils croyaient que s’ils disaient du mal d’un film, par exemple, jamais plus on allait les inviter dans un junket de presse où à une première, expliquait-il.
Moi j’en avais vraiment rien à foutre, vraiment rien, alors quand j’haïssais quelque chose, je m’amusais beaucoup à en dire le plus de mal possible, surtout quand c’était un film américain. On pouvait se faire les dents comme on voulait et c’était bien comique.
Le critique pour moi, c’est un spectateur professionnel, expliquait René Homier-Roy à l’émission Les 2 D du 12 janvier 1971 en parlant de son travail. Selon lui, deux grandes qualités définissent le spectateur professionnel : l’honnêteté et la durée dans le temps.
René Homier-Roy, l'éditeur de magazines
Après son départ de La Presse, René Homier-Roy fonde en 1973 le magazine Nous, un périodique culturel qu’il dirigera jusqu’à la fin des années 1980. Plusieurs journalistes écriront pour le magazine, dont Nathalie Petrowski, Lise Payette et Pierre Bourgault, qui signait des textes érotiques sous le pseudonyme de Chantal Bissonnette.
Les magazines à l'époque étaient d'un tel gris. Moi, ce que je voulais faire, c'était rendre la chose colorée et vivante , avait-il expliqué aux Grands entretiens.
Je me souviens d'avoir demandé à Nathalie Petrowski, qui était quand même pas mal connue à l'époque, de faire un papier sur comment c'était de vivre avec de gros seins. Elle avait des seins énormes. Et elle l’a fait.
En 1983, René M. Homier-Roy fondera aussi le magazine Ticket, consacré au cinéma.

René Homier-Roy et Lise Payette lors de la remise des prix du Poisson d'or en avril 1971
Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty
Une longue carrière à la télévision
C’est en 1977 que René Homier-Roy fait ses débuts à la télévision en tant qu’animateur de Mesdames et Messieurs. L'émission devait remplacer le talk-show Appelez-moi Lise, de Lise Payette, alors une des personnalités les plus connues de la télévision québécoise; un pari risqué qui fera chou blanc.
L'animateur considérait d'ailleurs cet épisode comme l’une de ses seules mauvaises expériences en carrière.
C’était suicidaire, et je le savais. La direction me disait : "si ça ne vous tente pas tout de suite, attendons l'année prochaine". Or, qui attend perd son tour, alors je me suis dit je vais au moins essayer d’avoir du fun. Ça n’a pas été possible, s'était-il souvenu au micro de Franco Nuovo. C’était une torture.

De gauche à droite, les membres de « La bande des six » en 1989 : Nathalie Petrowski, Georges-Hébert Germain, Suzanne Lévesque, René Homier-Roy, Dany Laferrière et Marie-France Bazzo.
Photo : Radio-Canada / Jean Bernier
Il coanime ensuite le magazine cinématographique À première vue avec Chantal Jolis de 1983 à 1989. Puis, de 1989 à 1993, il se joint à La Bande des six, où il signe des chroniques littéraires aux côtés de Suzanne Lévesque, Marie-France Bazzo, Dany Laferrière, Nathalie Petrowski et Georges-Hébert Germain.
Il poursuit ensuite sa carrière comme critique culturel à Radio-Canada (Scènes de la vie culturelle, 1995) et à TQS dans l’émission Flash.
À compter de 2002 et pour neuf saisons, il tiendra les rênes de l'émission Viens voir les comédiens sur ARTv.

Chantal Jolis et René Homier-Roy posent pour une photo de promotion pour l'émission « À première vue » en 1984
Photo : Radio-Canada / Jean Bernier
Piqûre sur le tard pour la radio
Pendant longtemps, René Homier-Roy a considéré la télévision comme le seul média qui pouvait véritablement rendre justice à ce qu’il avait envie de faire, jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de la radio à Radio-Canada.
Je faisais de la radio un peu par-dessus la jambe, notamment avec Suzanne Lévesque à CKAC. J’aimais ça, mais ça s’arrêtait là. Quand on m’a proposé l’émission du week-end, puis l’émission du matin à Radio-Canada, j’ai découvert ce qu’était la radio. J’ai eu la piqûre, mais très tardivement , avait-il raconté sur les ondes d'ICI Première.
René Homier-Roy sera à la barre de C’est bien meilleur le matin de 1998 à 2013, où il se réserve chaque semaine des moments pour parler de littérature, de cinéma, de théâtre et d’autres formes d’arts.
Plusieurs personnalités des médias graviteront autour de l’émission, dont Pauline Martin, qui a fait la météo pendant cinq ans, le journaliste sportif François Gagnon, Catherine Perrin et Rebecca Makonnen.
L'animateur et journaliste ne manquait pas d'humour, se prêtant volontiers à la parodie en acceptant de jouer son propre rôle dans Ding et Dong le film, en 1990, puis dans les séries télévisées Cover Girl, en 2005, et Adam & Ève, en 2012.
Après s’être levé avant l’aurore pendant 15 ans, l’animateur revient en 2014 avec une émission taillée sur mesure pour lui, Culture club. Chaque dimanche à l’émission diffusée en direct, il rend compte de l’actualité culturelle en compagnie de chroniqueurs et propose un regard différent sur les événements culturels.
Il animera Culture club pendant plus de dix ans, jusqu’à ce qu’il accroche son micro le 21 juin 2025, invoquant des raisons de santé.

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René Homier-Roy et Pierre Morin, plus de 50 ans d’amour
René Homier-Roy a toujours été très discret sur sa vie privée et ses relations amoureuses, jusqu’en 2012 lorsque son conjoint depuis plus de 50 ans, le réalisateur Pierre Morin, est mort d’une crise cardiaque.
L’animateur éploré révélait par la bande son homosexualité au grand public, même si cela n’avait jamais vraiment été un grand secret dans son entourage ni dans son milieu professionnel.
Je n’ai jamais fait de coming out, avait-il expliqué lors de son passage à Tout le monde en parle en mars 2018. Je n’ai jamais été dans le placard, comment je peux en sortir?
Un autre homme aura une importance capitale dans la vie de René Homier-Roy, son grand ami Jean-Louis Robillard, avec qui il a entretenu une relation platonique dès la jeune vingtaine, à l'époque où ils partaient chaque week-end à New York faire les 400 coups et s’imbiber de culture.

René Homier-Roy en 1990
Photo : Radio-Canada / Jean Bernier
C'est d'ailleurs là que l'animateur tombera amoureux du cinéma, particulièrement des films d'Ingmar Bergman.
Des vrais amis, vous les comptez sur les doigts d'une seule main. Il a toujours été là pour moi. Jean Louis a été ma moitié d'orange, disait-il aux Grands entretiens.
« À part sur le plan physique et sexuel – ce n’était vraiment pas ça – , pour tout le reste, on pensait pareil, on connectait aux mêmes choses, on aimait les mêmes choses. C’est un garçon qui organisait les voyages de façon fabuleuse. »
Plusieurs distinctions ont salué les réalisations de René Homier-Roy, dont la médaille de bronze aux NYF Radio Awards (2022) dans la catégorie Personnalité à l’antenne et le Prix Bibliothèque et Archives Canada (2024), qui souligne une contribution exceptionnelle au patrimoine culturel du pays.
En 2018, avec la collaboration du journaliste Marc-André Lussier, René Homier-Roy a publié sa biographie Moi, qui revient sur sa vie personnelle et son riche parcours en tant que témoin privilégié de la culture locale et internationale, qu'il critiquait ou défendait de manière tout aussi enthousiaste.
Avec les informations de La Presse canadienne

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8 months ago
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